Vivre à l’étranger, ce n’est pas un superpouvoir
Et ce qui est encore plus dérangeant, c’est ce ton qu’ils prennent quand ils parlent d’Haïti et de ceux qui y vivent encore. A entrendre leur : «Kijan anba a ye?» avec condescendance, comme s’ils te demandaient des nouvelles d’un monde lointain, un endroit un peu primitif, presque exotique. Ce n’est pas une vraie question, c’est plutôt une manière déguisée de dire : « Heureusement que j’en suis sorti. »
Et pourtant…👀
Hier encore c'était leur quotidien, comme presque tout le monde, ils galéraient pour survivre ou avoir un semblant de vie. Et c’est normal, ce n’est pas une honte. Mais aujourd’hui, ils oublient un peu vite cette réalité. Maintenant qu’ils ont un visa, une carte de séjour, un job, un petit appartement chauffé et une carte de crédit, ils regardent ceux qui sont restés comme s’ils étaient devenus des fossiles.
Mais la vraie question est celle-ci : et maintenant ? Maintenant qu’ils ne sont plus dans cette course effrénée pour survivre, qu’ils sont autosuffisants, à quoi ressemble leur vie intérieure ? Qu’est-ce qui les motive au-delà du salaire et du confort matériel ? Parce qu’il y a un vrai risque à ne vivre que pour fuir la précarité. Quand on a trop longtemps survécu, on peut finir par oublier ce que signifie réellement vivre. On peut perdre le sens des choses, la capacité à ressentir, à comprendre les nuances, à rester humble. Et parfois, c’est justement à ce moment-là que naissent la prétention, la froideur, et ce besoin maladif de se sentir supérieur.
Il y a, là, une véritable quête de sens. Inconsciente, peut-être, mais bien réelle.
Et les réseaux dans tout ça ?
Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre privilégié de ce délire collectif. On y retrouve tout : l’arrogance, la haine déguisée en opinion, les débats stériles, les clashs bidons… Tout le monde a quelque chose à dire, souvent pour ne rien dire. Le but ? Être vu. Être partagé. Être viral.
On commente tout. On juge tout. On se positionne sur tous les sujets, même (surtout) ceux qu’on ne maîtrise pas. Et ce n’est pas tant la liberté d’expression qui est en cause ici (au contraire, elle est essentielle), mais la manière dont elle est utilisée : mal, très mal, souvent de façon irresponsable.
La visibilité est devenue la nouvelle monnaie. Et pour briller, certains sont prêts à tout : salir le travail des autres, rabaisser, insulter, mentir même. Le respect, l’éthique, la bienveillance ? On s'en branle. Résultat des courses : des espaces qui devaient nous rapprocher sont devenus invivables. Il faut choisir son camp, non pas selon ses convictions profondes ou son expérience, mais selon ce qui attire le plus de likes. La polarisation est devenue la norme. Tu ne peux plus dire « je ne sais pas », tu dois forcément avoir un avis. Et vite.
Ce n’est pas une attaque contre la diaspora. C’est une invitation à l’auto-réflexion. Parce qu’on peut réussir ailleurs sans mépriser ceux qui sont restés. Être à l’étranger, ce n’est pas une marque de supériorité, non plus un symbole de réussite. C’est juste un autre parcours, et peut etre plus d'opportunité.

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