Au nom du peuple… et à la gloire de leurs intérêts : Mémoire floue 


Nous voilà encore face à un débat stérile. Un de plus. 

Un débat qui divise plus qu’il ne rassemble, qui nous éloigne des vraies urgences, et qui fait beaucoup de bruit pour mieux étouffer le silence sur l’essentiel. Pourtant, me voilà, moi aussi, en train de m’y prêter. Je plaide coupable🙌

Mais soyons clairs dès le départ : Je n’écris pas pour présenter ceux qui s’opposaient à Jovenel Moïse comme des bourreaux ou des défenseurs du peuple. Je n’écris pas non plus pour réhabiliter Jovenel et en faire un dirigeant visionnaire injustement sacrifié. Je n’ai pas de camp.

Je n’ai ni la prétention de donner une leçon, ni celle de détenir la vérité. Mon intention est avant tout de dire ce que je pense, de poser des mots sur un malaise ressenti à force de voir les mêmes récits tourner en boucle. Et peut-être aussi, de proposer une lecture plus nuancée dans un climat où les certitudes crient plus fort que les faits.


    Depuis plusieurs jours, X (pour moi ce sera toujours Twitter😎) s'enflamme. De anciennes vidéos du feu président Jovenel Moïse refont surface : on l’y voit pointer du doigt l'élite économique, parler de changement, de justice sociale. Ces vidéos sont utilisées par les Jovenelistes qui mènent toute une campagne pour le réhabiliter, affirmant qu’il était un homme seul, en guerre contre le système. Un soldat du peuple assassiné parce qu’il allait trop loin. Sa mort tragique est aujourd'hui présentée comme la preuve ultime qu’il gênait les puissants. Qu’on a manipulé l’opinion publique contre lui, et que ceux qui le critiquaient à l’époque devraient aujourd’hui porter une part de culpabilité.

Et c’est là que l’on glisse sur une pente dangereuse : diaboliser toute opposition. Comme si critiquer Jovenel équivalait à vouloir sa mort. Comme si contester son pouvoir faisait de vous un ennemi de la nation. Jovenel a-t-il été victime d’un complot ? Peut-être. A-t-il été à la hauteur de ses responsabilités ? Beaucoup, moi y compris, en doutent fortement. Gouverner, ce n’est pas seulement désigner les coupables d’un système défaillant, c’est se donner les moyens, avoir la stratégie et la volonté de le changer. Et là-dessus, soyons honnêtes : il n’a pas été à la hauteur. Il n’a ni stabilisé le pays, ni produit des résultats tangibles, ni instauré la confiance nécessaire. L’État se délitait sous ses yeux, et lui était clairement dépassé.

À ceux qui rétorquent que « l’oligarchie ne lui a pas laissé le champ libre », je réponds ceci : un chef d’État n’est pas un simple observateur ni un commentateur. Son rôle, c’est de trouver des solutions, de contourner les obstacles, d’agir malgré les résistances, et non s’en servir comme excuse. Sinon, il n’était tout simplement pas fait pour ce poste. Aussi, rappelons tout de même que cette même oligarchie a grandement contribuée à son ascension au pouvoir.

Soyons donc clairs là-dessus, ceux qui ont contesté Jovenel avaient de bonnes raisons. Le pays s’enfonçait, l’État s'effondrait, la confiance était rompue. Il n’y avait ni résultats concrets, ni apaisement. Et ce n’est pas manquer de respect que de le dire : Jovenel Moïse était un incapable, il a échoué. Point.

Mais le plus troublant aujourd’hui, ce n’est pas tant ce que Jovenel n’a pas fait, mais ce que ses opposants n’ont pas fait après son assassinat. On se souvient tous des slogans virulents, des déclarations musclées, des manifestations massives. On se souvient tous quand les figures de l'opposition criaient haut et fort : « Jovenel pa kapab, nou menm nou kapab »… Où sont-ils aujourd’hui ? Qu’ont-ils fait de ce fameux nou kapab ? Rien. La plupart sont entrés dans les arcanes du pouvoir, dans un silence assourdissant.

Responsables, sinon coupables ?

Certains vont jusqu’à dire que les anciens opposants ont du sang sur les mains, que leurs critiques auraient encouragé un climat de haine ayant abouti à l’assassinat du président. C’est une accusation lourde et dangereuse.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils sont en partie responsables du désespoir actuel du peuple. Pas parce qu’ils se sont opposés à Jovenel et son régime, mais parce qu’ils n’ont rien proposé de solide, de structurant, de crédible. Parce qu’une fois de plus, ils n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses. Ils ont surfé sur la colère populaire sans jamais construire d’alternative. Et dans un pays aussi fragile qu’Haïti, ne rien proposer, c’est déjà participer à l’effondrement.

Soyons clairs aussi sur un point fondamental : il faut justice pour Jovenel Moïse. Pas vengeance. Pas lynchage médiatique. Pas règlements de comptes politiques. Justice. Son assassinat est un crime d’État. Il mérite une enquête rigoureuse, des conclusions claires, et des coupables jugés. Même les opposants les plus virulents d’hier devraient, s’ils sont sincères, réclamer la vérité. Parce qu’on ne peut pas prétendre construire un pays meilleur dans l'impunité. Mais la justice ne se rend pas sur X ou sur Facebook. Il est sain de poser des questions. Les responsables doivent être identifiés, jugés, condamnés. Mais il est tout aussi important de respecter la présomption d’innocence, même pour ceux qu’on n’aime pas.

Et si, en cours de route, certaines théories du complot s’avèrent fondées, eh bien… tant mieux pour la vérité👐 Elle ne doit jamais être un danger, mais un objectif.


Au fond, cette histoire n’est pas une bataille entre Jovenélistes et opposants. C’est l’histoire d’un peuple trahi par toute la classe politique. Les gens en ont marre. Pas seulement de Jovenel. Pas seulement de l’opposition. Mais de toute la classe politique qui ne sert qu’à reproduire les mêmes injustices, les mêmes jeux de pouvoir, les mêmes discours creux. Ce cercle vicieux où les gouvernants gouvernent mal, où les opposants critiquent sans rien proposer, et où les mêmes visages se recyclent au fil des crises. Où l'on promet du changement pour livrer à chaque fois la même misère et le même mépris.

Le petit peuple ne veut plus choisir entre des mauvais et des pires. Il veut des résultats, de la clarté, de la justice, et un minimum de respect.

Aba Jovenel !
Jistis pou Prezidan an !
Jistis pou tout inosan lopinyon vle kondane san jije yo!
Aba opozisyon ki te anfas Jovenel la !
Aba tout moun kap jwe sou do pèp la !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Vivre à l’étranger, ce n’est pas un superpouvoir

CEO libre et épanoui : les grandes illusions de l’entrepreneuriat